Il y a un mystère Kelly Osbourne. On croyait connaître sa famille de sitcom alternatif, ses coups de gueule répétés, sa reprise du Papa don’t preach de Madonna mi-punk, mi Minou Drouet. Et la voilà qui revient sur les écrans armée d’une rengaine entêtante aux faux accents de Fade to grey.
Son royaume pour un dancefloor
Ce n’est pas complètement un hasard : portée par le noir et blanc superbe de Pierre Rouger, Miss Osbourne est en mission dans une France pompidolienne qui hésite entre Courrèges et Saint-Laurent. Sur la banquette arrière d’une DS, elle nous regarde, tandis qu’une voix off en français s’inquiète de notre (de sa ?) santé. « Avez-vous toutes les informations ? Est-ce trop calme pour vous ? » Descente aux enfers en talons hauts, chevelure voluptueuse, elle tourne autour du fin mot de l’histoire : « M’entendez-vous ? », car « un mot vous dit tout ce que vous avez besoin de savoir ». Un mot, ou un silence, explique Kelly : « Silence tells me all I need to know. One Word, One Word, tells me everything I need to know. »
Entêtant oxymore
Et le refrain arrive, la voix de Kelly redoublée, « It's not the way that I want it, / It's just the way that I need it. / Day after day ». Quelle marraine la pop a-t-elle penchée sur son berceau ? Linda Perry, à qui on devait déjà la rédemption électro de Gwen Stefani. La voiture a longé les quais de la Seine, et la voici sur sa scène, la Défense revue et corrigée dans une esthétique seventies nostalgique et entraînante ; Jay-Jay Johanson, déjà, avait montré la beauté de cette alliance contre-nature. Car Miss Kelly est en mission ; entre un enregistrement morbide et froid et une séance photo où s’échangent les boules de billard, elle doit éteindre la grande arche, et y parvient avec une efficacité redoutable. Dans cet épisode d’Alias tourné par Clouzot, elle nous regarde sans désir, froidement, toute entière animée par la certitude d’une mission à accomplir.
Un mot, ou un mensonge, c’est tout comme ; des prévisions, auxquelles on n’échappe (toujours) pas : « It's not the way that I want it, / It's just the way that I need it. / Day after day » ; contre les rockeuses évaporées produites en série par l’industrie américaine qui chantent la folle jeunesse et son inconscience vaine, Kelly transforme la résignation en sujet lyrique. L’image léchée de One Day devient le film d’un sacre triste, celui d’une princesse qui finalement accepte de reprendre la boutique, et sait combien l'indifférence lui sied.
La pop, c’est la transformation du désir en besoin.
A. Brunn